Le jeu excessif c'est quoi?

La Suisse compte entre 75'000 et 120'000 joueurs excessifs (joueurs dépendants + joueurs à risque). L’estimation varie selon l’outil diagnostique utilisé1,2 . Environ 30'000 personnes, 0,5% de la population, ont un comportement de jeu pathologique. Ces estimations reposent sur les données 2007 et 2012 de l'Enquête suisse sur la santé. La proportion de joueurs excessifs dans la population suisse est comparable à celle observée dans d’autres pays. Il faut cependant noter que le jeu excessif comporte d’importantes conséquences sociales et touche plus largement l’entourage du joueur.

Le jeu pathologique (dépendance aux jeux d’argent) est un trouble psychique reconnu par l’Organisation Mondiale de la Santé depuis les années 90. Le DSM 5 (ouvrage de référence mondial de la psychiatrie sur les troubles psychiques) classe cette dépendance dans la section des troubles addictifs, au même titre que l’alcool ou les drogues.

En Suisse, les joueurs excessifs entrent en traitement environ 5 ans après le début des problèmes de jeu, les conséquences financières, sociales et sanitaires sont très importantes. (cf. les conséquences du jeu excessif en Suisse ci-après).

À titre indicatif, depuis l’ouverture du premier casino en Suisse en 2002, on compte actuellement 46’468 personnes exclues des casinos. En 2015, 3’374 personnes sont exclues des casinos suisses, ce qui représente une personne exclue toutes les 2 heures et 30 minutes.

Les conséquences du jeu excessif en Suisse

(Source : Bass 2004)3

Conséquences financières :

Les problèmes financiers (endettement et surendettement) représentent la première cause de demande d'aide de la part de joueurs excessifs. Les pertes d'argent sont caractérisées par des dettes, factures non payées, crédits multiples. La dette moyenne des joueurs en traitement s'élève à 257'000 CHF, la médiane est à 40'000 CHF. 17% des joueurs excessifs se sont mis en faillite personnelle.

Coût social du jeu pathologique en Suisse :

L'institut de recherche économique de l'Université de Neuchâtel estime que le jeu excessif coûte chaque année entre 551 et 648 millions de francs suisses à la collectivité, sous forme de dépenses de santé additionnelles, de production non réalisée et de perte de qualité de vie liée à la santé. Le coût social par joueur pathologique et par année est compris entre 15'000 et 17'000 francs.4

Conséquences conjugales et extra familiales :

Conflits conjugaux et familiaux, mensonges, violence verbale/physique, séparation ou divorce sont des situations inhérentes au jeu excessif. Près d'un quart des joueurs qui consultent sont divorcés ou séparés. Pour près de la moitié des joueurs excessifs divorcés, le jeu est en partie à l'origine de la séparation ou du divorce.

Conséquences sociales :

Isolement et précarisation sont également des conséquences fréquentes du jeu excessif. Isolement social notamment dû aux emprunts réalisés auprès d'amis et aux proches, généré par une certaine honte. Les problèmes de jeu d'argent restent le plus souvent cachés. Les demandes de soutien de la part des joueurs pathologiques interviennent en Suisse, environ 5 ans après le début des problèmes de jeu.

Conséquences sanitaires :

Dépression – stress – honte – culpabilité – désespoir - idées suicidaires avec ou sans passage à l'acte. Plus du tiers des demandes d'aide liées au jeu excessif sont associées à des idées suicidaires lors de la première consultation. Les données de l'enquête menée auprès des centres de consultation montrent une proportion – très élevée – de 21% de personnes présentant des tendances suicidaires. D'autres problèmes tels que les troubles alimentaires, la dépendance au travail, les troubles du sommeil ou le recours excessif aux services de prostituées sont également mentionnés.

Comorbidités :

Près des trois quarts des joueurs qui consultent ont une autre consommation problématique addictive : tabac : 60%, alcool : 40%, stupéfiants : 4%. Chez les jeunes, on note une association statistiquement significative entre le fait d'être un joueur à risque / problématique et l'usage problématique d'Internet, ainsi que la consommation de tabac, alcool, cannabis et autres drogues illégales.

Conséquences professionnelles :

Retard - absentéisme – irritabilité - manque de concentration - licenciement. 18% des joueurs qui consultent sont au chômage, cette proportion est beaucoup plus élevée que dans l'ensemble de la population (3%).

Conséquences judiciaires :

Activités illégales : vols - détournements d'argent - suites pénales ou civiles. 15% des joueurs qui consultent font l'objet d'une procédure pénale pour abus de confiance, détournement de fonds, escroquerie ou vol d'argent avec effraction.

Les critères diagnostiques de la dépendance au jeu

La définition de l'OMS, l'International Classification of Diseases (ICD-10) ainsi que la définition de l'American Psychiatric Association (APA), le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5) constituent aujourd'hui les systèmes de classification les plus classiques pour le diagnostic de dépendance au jeu.

Jeu d’argent pathologique selon le DSM-5 (trouble lié au jeu d’argent)

(Source : American Psychiatric Association (2015)5)

Pratique inadaptée, persistante et répétée du jeu d’argent conduisant à une altération du fonctionnement ou une souffrance, cliniquement significative, comme en témoigne, chez le sujet, la présence d’au moins quatre des manifestations suivantes au cours d’une période de 12 mois :

  1. Besoin de jouer avec des sommes d’argent croissantes pour atteindre l’état d’excitation désiré.
  2. Agitation ou irritabilité lors des tentatives de réduction ou d’arrêt de la pratique du jeu.
  3. Efforts répétés mais infructueux pour contrôler, réduire ou arrêter la pratique du jeu.
  4. Préoccupation par le jeu (p. ex. préoccupation par la remémoration d’expériences de jeu passées ou par la prévision de tentatives prochaines, ou par les moyens de se procurer de l’argent pour jouer).
  5. Joue souvent lors des sentiments de souffrance/mal-être (p. ex. sentiments d’impuissance, de culpabilité, d’anxiété, de dépression).
  6. Après avoir perdu de l’argent au jeu, retourne souvent jouer un autre jour pour recouvrer ses pertes (pour se « refaire »).
  7. Ment pour dissimuler l’ampleur réelle de ses habitudes de jeu.
  8. Met en danger ou a perdu une relation affective importante, un emploi ou des possibilités d’études ou de carrière à cause du jeu.
  9. Compte sur les autres pour obtenir de l’argent et se sortir de situations financières désespérées dues au jeu.

 

Spécifier la sévérité actuelle :

Léger : Présence de 4-5 critères.
Moyen : Présence de 6-7 critères.
Grave : Présence de 8-9 critères.

Caractéristique diagnostique :

Le jeu d’argent pathologique implique le fait de risquer quelque chose de valeur dans l’espoir d’obtenir quelque chose de plus grande valeur. Dans de nombreuses cultures, les individus parient sur les jeux ou les évènements, et la plupart le font sans rencontrer de problèmes. Cependant, certains sujets manifestent des difficultés substantielles en rapport avec leurs conduites de jeu d’argent pathologique. La caractéristique essentielle du jeu d’argent pathologique est un comportement de jeu pathologique persistant et récurrent qui perturbe les activités personnelles, familiales et/ou professionnelles. Le jeu d’argent pathologique est défini comme un ensemble d’au moins quatre symptômes survenant n’importe quand sur une même période de 12 mois.


 

1Commission fédérale des maisons de jeu (CFMJ), Glücksspiel: Verhalten und Problematik in der Schweiz – Schlussbericht. Berne, 2009.

2EICHENBERGER Y, RIHS-MIDDEL M, Glücksspiel: Verhalten und Problematik in der Schweiz, Ferarhis -Villars-sur-Glâne, 2014, p. 10.

3KUNZI K, FRITSCHI T, EGGER T, Les jeux de hasard et la pathologie du jeu en Suisse, Mandat de la Commission fédérale des maisons de jeu et de l’Office fédéral de la justice, BASS (Bureau d'études de politiques du travail et de politiques sociales), 2004.

4Claude JEANRENAUD et al., « Le coût social du jeu excessif en Suisse. », Université de Neuchâtel, 2012.

5American Psychiatric Association (2015). Extrait du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Cinquième Edition. Traduit par Marc-Antoine Crocq, Julien-Daniel Guelfi, Patrice Boyer, Charles-Bernard Pull, Marie-Claire Pull.

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